La Roche-sur-Yon : a-t-on voulu enterrer Canal 15 Vendée trop vite ? Gaston Garnier, président de l'association, répond à nos questions.

Publié le par Le blog de ma ville solidaire - La Roche-sur-Yon

Depuis la déclaration de cessation d'activité de Canal 15 Vendée, on entend et on lit tout et son contraire. Quelle est la vérité ? L'écran noir attend-il la chaîne de télévision locale ? Pas si sûr... Oryon a-t-elle joué son rôle ? Quel est le regard du président de l'association sur les réactions politiques ? La piste de repreneurs, info ou intox ? ...

 gaston-garnier.jpgGaston Garnier, président de l'association de soutien à Canal 15 Vendée, a répondu à nos questions. Propos recueillis vendredi 10 juin 2011 dans la matinée.

 



L'assemblée générale de la société du lundi 6 juin 2011 a prononcé la cessation d'activité. Qu'en est-il aujourd'hui ?

Canal 15 Vendée c'est un patrimoine culturel qui appartient aux yonnais. L'objectif de l'association était de maintenir une télévision participative et celui d'Oryon, était d'ouvrir le capital de la SAS, c'est-à-dire de faire venir des investisseurs et donc faire profiter la chaîne du carnet d'adresses de la société qui est en contact avec le monde socio-économique du territoire notamment pour pouvoir peut-être développer de la production d'entreprise, des sponsors et amener de la publicité. Malheureusement, ces objectifs-là n'ont pas été atteints. Pour ma part, je ne fais pas l'analyse des raisons de tout cela je ne peux que simplement le constater.

 

L'association a voté contre la cessation d'activité. À travers cette décision, je regrette qu'Oryon n'ait pas voulu examiner un plan d'économies.

 

On nous a juste dit que nous étions dans une impasse financière. J'ai déjà géré une entreprise. Je sais qu'il y avait deux solutions dans ce cas de figure : ou vous baissez les bras (c'est ce qui s'est passé) ou vous vous demandez ce que vous pouvez faire, c'est-à-dire mettre en place un plan d'économies. J'en avais trouvé un certain nombre sans toucher à la masse salariale.

 

Il existe aussi des possibilités d'ordre juridique qui s'appellent « des procédures de sauvegarde ». Il suffit de se retourner vers le tribunal de commerce en leur disant que vous rencontrez des difficultés et en leur demandant comment faire pour s'en sortir afin de préserver les emplois et l'activité avant qu'il ne soit trop tard. Aucune de ces mesures n’a été envisagée. On nous a dit qu'on arrête et on arrête vite parce qu'on creuse le déficit ce qui peut se comprendre.

 

Un repreneur a été évoqué par certains médias. Est-ce le cas ?

Dès que nos difficultés ont été connues, il y a des gens qui se sont manifestés. Les repreneurs éventuels restent dans la confidentialité, car je ne veux surtout pas donner de faux espoirs au personnel, cela serait malhonnête et ce n'est pas mon état d'esprit.

 

Je suis effectivement toujours en contact avec un éventuel repreneur. Pas plus tard qu'avant-hier, je l'ai eu au téléphone pendant une heure. En matière de reprise entreprise, il faut être prudent, car il faut vérifier la qualité des candidats.

 

Il faut être vigilant, car des repreneurs pourraient venir récupérer la structure pour rien, licencier tout le monde et dans six mois ils s'en vont. J'ai le souci des salariés et je ne veux pas que dans six mois ils retombent dans la même galère et que l'on se retrouve avec quelque chose qui ne correspond pas nos objectifs. Des démarches sont en cours, je ne sais pas si elles aboutiront, mais on se doit de vérifier un certain nombre de choses.

 

Quelle est la réalité financière ?

Le déficit sur l'exercice de juin 2010 à juin 2011 va être aux alentours de 200 000 €. Cela vient de difficultés liées à une part conjoncturelle et une part structurelle. La part conjoncturelle est due à des départs de salariés (départ et licenciement) pour un montant de 110 000 €. Cela veut dire que le déficit structurel est de 90 000 € euros en réalité. Si on avait développé ce modèle économique, à mon avis les 90 000 € seraient trouvés et auraient permis de mettre à l'équilibre notre compte d'exploitation.

Les charges sont restées globalement les mêmes, sauf que, pour émettre sur la TNT, il faut passer par TDF et payer une cotisation mensuelle de droits d'émission qui représente 20 000 €. C'est absolument colossal !

Lorsque l'on diffusait sur le réseau câblé, cela ne coûtait pratiquement rien. Il faut dire que le réseau câblé était obsolète. Il fallait passer à la TNT pour ne pas devenir marginal.

Il faut reconnaître aussi que TDF ne remplit pas la prestation, parce que, si vous allez dans le Sud Vendée, il y a des zones non couvertes par la TNT.


Combien faudrait-il mettre sur la table ?

À mon avis, l'engagement des collectivités perdurera. Il y a le passif de 200 000 €. Peut-il être absorbé tout ou partie ? Je pense que oui. Une personne qui recapitaliserait la société et en prendrait la tête devrait remettre mon avis de 200 à 250 000 € avec un véritable plan de développement en conservant l'esprit. C'est cela que j'attends des politiques. Pourquoi ne pas monter un pôle d'entrepreneurs ?


Les collectivités vous ont-elles soutenu ?

Elles nous ont toujours soutenus financièrement. Je m'élève contre ce que j'ai pu entendre ici ou là : le maire de la Roche-sur-Yon a tenu ses engagements ! On savait qu'il ne pouvait pas donner plus, il gère les deniers publics, c'est leur choix, mais on le savait ! Encore une fois, le problème vient plutôt du modèle économique qui n'a pas été développé.

Les collectivités ont tenu leur engagement il faut être clair là-dessus et quand je dis cela, je ne suis pas l'agent électoral de qui que ce soit. C'est la vérité !

Les collectivités : la ville de la Roche-sur-Yon, la Roche-sur-Yon agglomération, la ville de Fontenay-le-Comte, Nalliers et le marais poitevin soit au total 750 000 €.

Une mutualisation des moyens avec TV Vendée était-elle possible ?

On est déjà partenaire avec TV Vendée dans la mesure où on partage les frais d'émission. Une société « Ouest Vendée » a été créée entre TV Cholet, TV Vendée et Canal 15 pour simplement répartir et payer les frais d'émission.

Je suis allé rencontrer le directeur de cabinet de Bruno Retailleau pour lui faire trois propositions : négocier ensemble les frais de diffusion auprès de TDF (l'arrêt éventuel de Canal 15 Vendée risqueraient d'alourdir leurs charges), de prendre une partie des charges d'émission et enfin partager des services communs en ayant par exemple une régie commune et faire ce qu'on appelle un pool d'images. J'avais laissé par écrit ces propositions, depuis, je n'ai pas eu de nouvelles.


Les réactions politiques ?

On entend tout et son contraire. Il y a un terrain sur lequel je ne veux pas entrer, c'est cette tentative de certains de chercher à tirer le petit bénéfice politique qu'il pourrait y avoir. Il ne s'agit pas de s'exprimer dans la presse en disant « je regrette, on aurait dû faire ceci ou cela ». Si c'est possible, il faut le faire. Ceux qui disent cela n'ont qu'à s'impliquer. Dans les réactions que j'ai pu entendre, on cherche essentiellement à tirer l'avantage politique que l'on pourrait avoir pour combattre l'autre, c'est stérile !

Dans tout que l'on entend, cela donne le sentiment que l'affaire est pliée. Peut-être que l'on nous prépare à cette forme de résignation.


L'avenir de Canal 15 Vendée ?

En cas de la cessation d'activité, c'est le tribunal de commerce qui va reprendre le relais. Dès mardi, le tribunal de commerce a, en séance, nommé un mandataire judiciaire. L'annonce officielle va paraître dans les jours qui viennent. Me Pelletier a été nommé comme mandataire judiciaire de cette affaire. Qu'elle va de son rôle ? Préserver l'intérêt des salariés, il va être aussi amené à vérifier les éventuelles offres de reprise. L'examen des propositions éventuelles repreneur sera fait d'une façon plus économique. Il faut qu'il y ait des garanties derrières. Cette situation remet un petit peu les choses à plat. Par contre, si dans 30 jours, à partir de la parution de l'annonce officielle, aucune solution n'est trouvée, le personnel sera licencié et la liquidation mise en œuvre.

Malgré ce qu'on a pu lire ici ou là, Canal 15 Vendée fonctionne toujours. Tout le monde s'attendait après l'annonce de la cessation d'activité à un écran noir. Ce n'est pas le cas, pourquoi ?

Oryon avait demandé à ce que l'antenne soit fermée. Lors de la séance, nous avons voté contre. Pourquoi ? Un média qui cesse est un média qui se dévalue à vitesse grand V. On a obtenu que l'antenne reste ouverte. Cette semaine, nous avons passé des témoignages de yonnais et d'acteurs politiques. Cela va s'arrêter ce vendredi soir. L'antenne continuera à fonctionner avec des rétrospectives pendant un mois. L'écran ne sera donc pas noir.

Temps que la liquidation n'est pas prononcée, Canal 15 Vendée existe toujours, la chaîne a toujours une vie. Pour l'instant il est prématuré de dire que l'on cesse l'activité même si la situation actuelle n'est pas très favorable.


Le Web une reconversion possible ?

À l'heure actuelle on est sur l'ADSL par l'intermédiaire d'Orange, cela nous coûte d'ailleurs relativement cher. L'impact du visionnage de Canal 15 par Orange n'est pas quelque chose de conséquent. L'accès au Web est encore une forme d'élitisme à l'heure actuelle parce que cela a un coût, parce qu'il faut savoir le manipuler et donc cela exclut totalement les couches populaires que sont les personnes âgées et moins âgées pour qui l'outil informatique est inaccessible Je suis assez réservé. On a l'air de présenter cela comme la solution universelle parce que ce cela est un phénomène de mode. N'est-ce pas une façon de botter en touche ? Je ne dis pas que ce n'est pas l'avenir, mais nous en somme encore qu'aux prémices. Qui a accès à Internet aujourd'hui, en 2011 ?


Que pensez-vous du mouvement de sympathie qui a suivi l'annonce de la cessation d'activité ?

Il y a deux formes de sympathie : la sympathie de soutien c'est-à-dire celui qui se bat avec nous et il y a aussi lasympathie du moribond. Je trouve qu'il y a beaucoup de sympathie du moribond. Nous, on essaie d'être très proche du personnel pour trouver une solution de redémarrage. Le mandataire judiciaire va devoir examiner aussi des plans de reclassement. Apparemment, Oryon leur a promis d'étudier des plans de reclassement. Est-ce que ce ne sont que des mots ou y a-t-il véritablement il y a un plan derrière ? Je suis incapable de le dire, car, rien n'a été présenté. Maintenant, je veux encore croire en la qualité des hommes et que ce ne sont pas des paroles en l'air.

 

Une semaine après la déclaration de cessation d'activité, quel est votre sentiment ?

Il est normal qu'une telle déclaration fasse du bruit. Le contraire aurait été même grave cela aurait voulu dire qu'on nous ignorait. Cela dit, cela par tous azimuts.

Je sens ce petit calcul qui se met en place. Ce n'est pas « comment va survivre Canal 15 », mais pour certains que c'est « quel avantage politique vais-je pouvoir en tirer »? Ce que j'aurais espéré des politiques, quels qu'ils soient, c'est de dire que l'on aurait travaillé ensemble à une solution.

Nous, on continue cela fait deux ou trois mois que c'est du quotidien. Je n'aime pas perdre, nous continuons à nous battre même si ce n'est pas évident, mais ce n'est pas fini le rideau n'est pas tiré. Nous allons rencontrer le mandataire judiciaire dans peu de temps. Il faut que l'on ait des offres solides. Qui va ouvrir son carnet d'adresses pour Canal 15 Vendée ? Plutôt que de se lamenter, il serait plus judicieux d'ouvrir le carnet d'adresses. C'est cela que j'attends et on est très ouvert.


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Crise à Canal 15 Vendée : les salariés ont besoin de nous !


Pratique :

- Signer la pétition en ligne

- Le site de Canal 15 Vendée

 


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