La Roche-sur-Yon. Exclue : entretien avec Luc Bouard.

Publié le par ma ville solidaire - La Roche-sur-Yon

Entretien exclusif avec Luc Bouard maire de la Roche-sur-Yon et président de la Roche-sur-Yon Agglomération. L'occasion de faire le point sur différents dossiers en ce début d'année comme les élections législatives, le Concorde, Le Cyel, les problèmes récurrents de squat dans certains quartiers, l'emploi et la construction du nouveau groupe Scolaire du Pont-Boileau qui a pris un peu de retard.

Que retiendrez-vous de l'année 2016 qui vient de s'achever ?
2016, pour moi, c'est la concrétisation des projets, c'est-à-dire, c'est le moment où les projets deviennent réalité, pas forcément sur le terrain physique, mais sur le papier, où les choses sont posées: les esquisses deviennent des projets architecturaux, et les choses avancent.

2016 c'est une année de stabilité pour l'équipe municipale qui fonctionne comme un seul homme, comme une belle machine qui tourne bien.

2016, c'est l'année où, avec les maires de l'agglomération, on prend la mesure d'un certain nombre de projets économiques, avec l'aérodrome, qui s'est décidé, réalisé au cours de l'année. C'est le choix du projet architectural d'Arago, la piscine Arago qui sera le projet phare de l'agglomération. C'est, j'allais dire, une année de plénitude assumée et efficace pour l'équipe, et c'est vraiment comme ça que je le ressens, sur le point de vue local. Au point de vue mondial, c'est l'année où on a l'impression que le monde bascule, avec une frénésie tueuse de DAESH, et avec un monde qui perd un peu le sens des équilibres, en choisissant à leur tête des personnages un peu sulfureux.

Par exemple Trump ?
Par exemple Trump.

2017... c'est une année électorale avec la Présidentielle, les législatives... Vous avez indiqué que vous seriez un maire à temps complet. Ce ne sera peut-être plus le cas en 2017 ?
Je n'en sais rien. Aujourd'hui je ne sais toujours pas. Je me garde vraiment toutes les possibilités de décisions. Personne ne pourra dire que je n'ai pas été, depuis mon élection, un maire à temps complet... plus que complet.

J'y ai mis toute mon âme, toute ma vitalité, toute mon énergie. Avec une présence maximum pour la ville. Qu'est-ce qui va se passer à l'avenir ? Aujourd'hui, je ne peux pas le dire, c'est trop tôt pour faire mon choix. Si je peux être député-maire, je le serai, et ça ne m'empêchera pas d'être un maire à temps complet, puisque je pense que, même quand on est à Paris, on a le soucis des affaires communales, et que je resterai quoi qu'il arrive, si je suis député-maire, pleinement investi des affaires de la ville.

Pourtant la loi sur le non-cumul des mandats interdit à un parlementaire d’exercer simultanément une fonction de chef ou d’adjoint d’un exécutif local.
Si la loi ne change pas, il faut que je fasse un choix qui sera soit d'être maire, soit d'être député, le choix n'est pas encore tranché. Si je suis député, je ne serai plus maire, mais celui ou celle qui me remplacera sera forcément maire à temps complet, et j'aurai respecté ma parole: j'aurai été maire à temps complet tout le temps où j'aurai été maire. Et si je reste maire, je resterai tout le temps maire à temps complet.

Je pense, sincèrement, que c'est une mauvaise loi. Qu'en votant cette loi, c'est une loi populiste, c'est rien d'autre qu'une loi populiste, où Hollande a voulu faire plaisir aux électeurs en leur disant: "il n'y aura pas de cumul d'indemnités." Mais le cumul d'indemnités et le cumul des mandats ça n'est pas la même chose. Qu'on limite les indemnités, je suis complètement d'accord. Qu'on empêche un élu d'avoir un pied national et un pied local pour que l'assemblée nationale se rende compte des difficultés de terrain, c'est complètement unique, et je pense que c'est une énorme connerie pour la France. Que demain, si cette loi ne change pas, on aura une Assemblée Nationale qui sera complètement déconnectée de la réalité, et qui sera une assemblée de fonctionnaires


Quand prendrez-vous votre décision ?
Dans les semaines qui viennent. Aujourd'hui, mon parti politique, les alliés politiques, les politiques nationaux comme locaux me demandent d'être candidat, et je garde encore un peu de réserve pour moi. Pour savoir si j'y vais ou pas.

Ça veut dire que les députés actuels sont déconnectés du terrain?
Non, parce qu'ils sont pour la plupart des élus locaux aussi. C'est ça la différence. On voit bien que Sylviane Bulteau est obligée de créer un conseil citoyen pour savoir ce qui se passe. Sinon elle ne le sait pas. Et tous les députés sont comme ça, lorsqu'ils ne sont pas élus locaux. C'est ça, et donc si on continue comme ça, on aura une assemblée, et le sénat est dans la même logique, donc  un parlement qui sera complètement déconnecté de la réalité du terrain. C'est-à-dire qu'ils prendront des lois sans penser à l'impact qu'il y aura sur le terrain, et la facilité ou la difficulté de le faire passer sur le terrain.

Ce qui n'est pas le cas pour un maire ?
Chirac disait, et je le répète, que la "bonne distance pour un élu, c'est d'être le meilleur, parce que c'est le seul à être à portée de baffe". Et j'y crois vraiment. C'est-à-dire que vous n'êtes pas déconnecté quand vous êtes maire, parce que c'est votre quotidien. Et vous rencontrez les citoyens au quotidien. Quand vous traversez la place, quand vous allez dans un quartier, quand vous achetez votre pain, [...] vous rencontrez  des citoyens tout le temps et, tout le temps, les gens s'intéressent à vous, en tant que Luc Bouard, mais aussi en tant que maire et font remonter les choses. Donc vous ne pouvez pas être déconnecté en tant que maire.

Le 29 novembre dernier, 200 fonctionnaires ont manifesté devant l'Hôtel de Ville inquiets sur la refonte du régime indemnitaire de la fonction publique territoriale. Où en est-on aujourd'hui ?
La manifestation était une manifestation nationale, et elle a eu une déclinaison locale à l'appel de la CGT et FO et Sud. Ce sont des gens que je connais, que j'apprécie et avec qui on aime beaucoup travailler. Ils ont répondu à un appel de mobilisation nationale. C'est bien, ils ont répondu, il fallait qu'ils répondent et c'est une bonne chose.

 L'agglomération et la ville investissent 450 000 euros de plus pour les revenus de ces agents sur le budget 2017, 450 000 euros de plus. Il n'y a pas d'autres collectivités qui font cet effort là. Et pourquoi je fais cet effort là? Parce que je pense que ceux qui travaillent pour nous travaillent bien et qu'ils méritent d'être récompensés à leur juste hauteur. Après, l'interprétation qu'en ont fait certains syndicats par rapport à  d'autres sur la grille de rémunération et d'indemnité, ça leur appartient. Evidemment ça ne peut pas plaire à tous et à toutes. Ce que j'ai voulu c'est qu'on rattrape un certain équilibre entre des catégories qui étaient mieux servies jusqu'à présent, et d'autres qui étaient complètement délaissées, c'est plutôt les "C"  d'ailleurs, les salaires les plus bas qui étaient délaissés, donc moi, ce que j'ai voulu, c'est rétablir un équilibre là dedans. J'ai voulu une équité, pas une égalité. Donc on a travaillé là dessus. 450 000 euros. Sur le nombre d'emplois à la ville comme à l'agglomération,  oui il y a un certain nombre d'emplois qui ne seront pas remplacés. Qui ne seront pas remplacés au gré des départs en retraite, ou des changements d'affectations... Pour autant il y a certains endroits où on peut faire l'économie d'emplois pour mieux les répartir au fond, et puis il y a d'autres secteurs où on ne touchera jamais parce que c'est juste une application légale des textes: je pense aux écoles, je pense à la petite enfance, c'est l'application légale des textes et nous ne changerons pas ces données là. Oui nous allons faire en sorte que la masse salariale soit retenue et qu'on puisse faire un effort financier là dessus. Pour l'ensemble de la collectivité.

Quels sont vos leviers pour faciliter l'emploi dans la cité?  
La solution au chômage n'est pas l'emploi public, et ne sera jamais l'emploi public. Parce que tout simplement il faut du financement pour faire de l'emploi public. Les dotations de l'état baissent d'une manière considérable et il faut donc qu'on aille chercher des ressources ailleurs, on va chercher des ressources ailleurs en créant de l'emploi, en aidant la création d'emploi, en accompagnant la création d'emplois par les zones économiques, par ce que l'on fait dans une publicité dans le métro, dans une publicité partout, pour faire venir les gens sur notre territoire et créer de l'emploi. En fait, c'est une marotte que j'exprime déjà depuis trois ans, c'est que il faut absolument que nous développions l'emploi à la Roche-sur-Yon et à l'agglomération, et ça porte ses fruits puisque nous avons un taux de chômage qui a particulièrement baissé sur l'agglomération yonnaise.

Alors c'est pas que le travail de Luc Bouard, c'est le résultat des actions qui ont été menées depuis quinze ans. C'est pas du jour au lendemain que ça se fait. Quand les zones économiques ont été créées, nous on a voulu l'amplifier, on a voulu favoriser l'arrivée de ces entreprises.


Parlons des quartiers si vous le voulez bien. Il y a des quartiers qui sont secoués actuellement par des gros squats de jeunes, en particulier  à Jean Yole à l'Enrilise et à la Liberté.
Nous avons une commission, une cellule de réflexion sur ce sujet là qui intègre tous les services de la ville qui peuvent être impliqués de prêt ou de loin.  Au sujet de la délinquance juvénile, c'est surtout ça qui nous préoccupe. Ce comité intègre les correspondants de quartiers, les directeurs des maisons de quartiers, les services de police les services sociaux, ou de services scolaires. Et ça c'est forcément du travail de long-terme. ça ne peut pas se résoudre du jour au lendemain. Et puis c'est trouver comment on dit à ces jeunes, qu'il faut retrouver le chemin, qu'ils peuvent retrouver le chemin d'une vie sociale équilibrée.

On parle de jeunes parfois âgés de 12, 13 ans...
Mais c'est pas que des 12, 13 ans . Mais, il y a effectivement des très jeunes. Après il y a aussi un sujet, c'est que nous avons doublé les effectifs de la police municipale. La plupart viennent d'arriver. Nous avons équipé la police municipale de vélos, de chiens, et que maintenant on va avoir à la fois la répression, bien évidemment de l'accompagnement sûrement. Et avec nos services de médiateurs sur le terrain, on va accompagner ces jeunes pour qu'ils retrouvent un petit peu de sociabilité locale.

Les habitants voudraient un retour au calme...
Il y a trois piliers. Le pilier immédiat, qui est la présence de la police municipale renforcée. Le pilier de moyen terme, qui est le travail avec les médiateurs sociaux et les familles. Et il y a le travail de long terme avec ce que je souhaite créer avec un groupe et qui est en place maintenant pour comment on réintègre durablement ces jeunes dans une sociabilité.

Avec quels moyens ?
On mettra les moyens qu'il faut derrière parce qu'on ne peut pas abandonner nos jeunes à n'importe quoi.

Les travaux de l'école du Pont Boileau devaient débuter en décembre 2016. Il y a du retard apparemment.
La réalisation de l'école commencera dès que les marchés des travaux seront passés.
Oui, il y a du retard car il y a eu un problème dans l'attribution des marchés. Le marché a été déclaré infructueux donc il est relancé. En gros, on a pris trois mois de retard sur l'échéancier.

Le Cinéma Le Concorde. Un accord public-privé, que tu as évoqué au conseil municipal dans le futur aménagement de Piobetta. Est-il acté ?
Non.

Vous pouvez préciser ?
Je reviendrai clairement aux vœux dessus. Je l'ai dit aux acteurs de la culture, qu'ils feraient bien d'ouvrir, enfin c'est pas les acteurs de la culture, Les Amis du Concorde, tels qu'ils s'autoproclament "amis du Concorde", alors que le premier ami du Concorde c'est moi, puisque j'en suis le président, ceux qui s'autoproclament les amis de la culture, s'enferment dans un microcosme où ils n'ouvrent pas leurs oreilles. Je leur ai dit déjà depuis des mois, qu'il y aurait un cinéma avec quatre salles qui serait créé à la Roche-sur-Yon. Il est hors de question que le cinéma 'Arts et Essais' disparaisse de la Roche-sur-Yon. Le Concorde sera intégré dans ces quatre salles. Sous quelle forme? Donc ça c'est certain. L'Art et Essais existeront toujours à la Roche-sur-Yon. Avec au moins deux salles dans le cadre du projet Piobetta. Voila, ça c'est sûr.

Le projet Piobetta c'est quatre salles, dont deux salles Arts et Essais, c'est bien ça ?
Réservées aux activités actuelles du Concorde. Enfin le Concorde ne fait pas que de l'Art et Essais, il y a aussi du cinéma grand public en version originale. Voila donc deux salles réservées aux activités du Concorde telles qu'elles sont aujourd'hui actées. Sous la forme de gérance, parce que c'est ça en fait. Je comprends pas bien le sujet. Soit on souhaite apporter la culture cinématographique et la développer au sein de l'agglomération, c'est le rôle de l'EPCCCY, soit on cherche à préserver jalousement la gérance d'un cinéma.

C'est pas la même chose. Moi ce que je souhaite c'est que l'Art et Essais continuent à la Roche-sur-Yon, les programmations du Concorde continuent avec un Directeur extraordinaire, qui est Paolo Moretti qui fait un boulot formidable. ça c'est la base. Ensuite il y a la gestion, la gérance du lieu. Le groupe Giboire et la mairie vont recevoir différentes propositions, y compris celles de l'EPCCCY, dirigé par Paolo Moretti, et fera, nous ferons ensemble le choix de la gérance. Et c'est comme ça que ça va se passer. Ce qui m'importe le plus c'est que l'offre cinématographique continue de s'amplifier à la Roche-sur-Yon. C'est ça qui m'importe, y compris avec l'activité du Concorde, mais encore faut-il avoir des oreilles ouvertes pour que ce soit entendu.

L'évènement de ce début d'année 2017 est l'ouverture du pôle culturel baptisé "le CYEL". Une décision difficile à prendre ?
Alors le CYEL ça a été pour nous la première chose à décider. Pour moi ça a été le premier acte que l'on m'a demandé en tant que maire.
Un tout petit peu de recul: je suis élu maire le 4 avril 2014. Au sortir du Conseil Municipal, le Directeur Général des Services, avec qui je m'étais déjà entretenu, me dit: "Monsieur le maire, il faut décider si oui ou non vous signez pour le début des travaux." 26 millions d'euros, je lui dis, écoutez je vais prendre le temps de la réflexion. "Oui mais les entreprises écoutez", tant pis on va prendre trois mois de réflexion, pour savoir comment on fait. Parce que je ne peux pas prendre un engagement sur un projet que nous n'avons pas pu évaluer à fond.

On a pris trois mois, on a décidé qu'on allait suivre ce projet, qu'on allait le compléter par une salle d'exposition muséale. Et à partir de là  y a plus de soucis, c'était trois mois de réflexion. Quand on dit que j'ai douté non,  il n'y avait aucun doute. C'était juste une réflexion à mener. On ne peut pas demander à un maire nouvellement élu de faire un chèque de 26 millions d'euros sans savoir ce qu'il y a sur ce chèque.

Donc vous n'avez pas de regret ?
Absolument aucun regret. Une fois que les décisions sont prises on ne doit pas les regretter. Y a aucun regret là dessus. Alors... si j'avais été maire, peut-être que ça n'est pas le projet architectural qui aurait été retenu... je regrette peut-être que l'auditorium ne  soit pas assez grand... oui, mais j'ai choisi, j'assume. Aujourd'hui c'est un grand et beau bâtiment. Un paquebot pour la culture yonnaise, on va le faire vivre bien, et on va l'assumer complètement. Avec notre espace muséal d'exposition.

Propos recueillis par André Picquenot.

La Roche-sur-Yon. Exclue : entretien avec Luc Bouard.

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